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Une bougie, deux trois atomes, et le monde te sourit...
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20six, mon amour,
Tu savais bien, mon Twenty que ça ne pouvait pas durer. Tu savais bien que ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers. Et qu'une fois les meilleurs partis, Les suivent les abrutis.
Ben voilà. C'était l'heure des abrutis. L'heure des pas meilleurs - pas gentils Des affreux, des salauds, des pourris Des baiseurs de drozophiles alanguis L'heure des déconnectés, reconnectés L'heure des pas premiers.
Tu savais déjà que ça ne sert à rien A rien de recoller. Retenter. A rien. Tu savais depuis que je t'avais dit: Je m'en vais, je rends le modem à Free Mais je reviendrai avec Alice, promis. Et puis cette salope m'a trahi.
Ô mon Twitwi, La sais-tu, la cruelle destinée De celui qu'Alice, De ses yeux de braise et d'acier A hypnotisé, séduit, déçu, trompé?
Je croyais pourtant bien t'en revenir Je pensais "il faut souvent savoir partir Pour mieux vibrer d'un inconstant retour" Mais en chemin je n'ai croisé que désamour.
Aussi, mon Sixounnet je t'ai quitté. Quelques notes, tu verras, je t'ai empruntées Ma manière à moi de te tenir vivant Dans mes souvenirs, en m'en allant. Car même s'il y a des pages qu'il faut savoir tourner Il est bien inutile de les vouloir arracher.
Je te laisse, mon Twinou, Déjà je sais tu vis chez nous D'autres moments avec celle Que tu aimes tellement, la douce html.
Programmer ou écrire, Pour moi, c'était la merde Il a fallu chosir Et programmer m'emmerde.
Salut donc, mon Twener et bonjour canalblog je rejoins la longue liste amère des émigrants du blog.
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Du goudron et des plumes
Je t'écris de mon ancienne plume d'oie, parce que, ben internet, je sais pas toi, mais moi, hein, eh beh pas trop en ce moment. Faut dire que j'ai commis l'imprudence suprème. J'ai coupé ma connexion. Forcément, je déménageais. J'ai eu beau essayer d'expliquer à ces connards de chez free que déménager, ça veut juste dire aller un peu plus loin avec le même matos, les mêmes besoins et les mêmes habitudes (putain, c'est triste, finalement...) z'ont ja-mais voulu me fournir, je sais pas, moi, une rallonge pour ma freebox. alors, hop, de rage, j'ai résilié. Oui je sais, c'est un peu impulsif comme réaction, mais tu dis ça parce que tu ne me connais pas encore bien, tu verras, plus tard, quand tu seras grand(e) (d'ici on voit pas très bien en dessous de ton bureau), et que tu auras appris des mots de plus de trois syllabes, tu seras comme tout le monde, tu me traiteras de caractériel. Et je t'enverrai chier en calquant la porte. Alors après, me suis dit que bon, c'est paltou d'avoir résilié, mais merde, comment que j'vais faire pour mater mon courrier et lire les blogs des autres allumé-e-s bouffeurs de Papy Brossard, ou d'anchois, ou même de liquides plus ou moins alcoolisés. Et du coup, j'ai contacté la jolie jeune fille qui proposait, en soufflant sur son téléphone une sorte de freebox avec deux mois gratuits. Le 17 février. Et ben tu me crois, tu me crois pas, j'en ai rien... oui, bon, d'accord c'est pas de moi) j'attends toujours. J'ai quand même essayé d'appelé, hein, on ne me baffoue pas la liberté de consommer sans que j'ouvre ma gueule, quand même. Et ben figure-toi qu'après une demi-douzaine de coups de fil, la dame (oui c'est bien une dame, sur la hotline, j'ai vérifié. Pas tellement hot d'ailleurs. Même pas sûr qu'elle s'appelle Line, j'ai oublié de lui demander son p'tit nom.) La dame, donc m'annonce qu'elle va me passer le service technique. Bon. Quand ça merde, que le commercial-satisfaction-garantie-le sourire en plus a épuisé tous ses trucs et astuces pour te faire poireauter, t'as remarqué, on t'envoit toujours chez le service technique. Et là c'est un mec qui te répond. Genre, attention, on rigole plus, là c'est du technique c'est pas pour les gonzesses. - bonjour monsieur, voilà, on m'a dit de m'adresser à vous parce que je me demande, là, depuis le 17 février, quand même, si opar le plus grand des hasard y'aurait pas comme une couille dans la moitié du cachet du dos de la cuillère... - ah mais certainement pas, nous c'est tout va bien, mais est-ce qu'il a vérifié au près de france télécom? - ... vérifié quoi? je croyais que c'était la blondasse jolie blonde qui s'occupait de tout dans la transparence la plus totale et pour pas cher en plus... - ah ben oui mais non, il faut qu'il vérifie chez france télécom, parce que si ca s'trouve, il veulent pas faire le dégroupage, parce que ça leur fait perdre des clients, alors y trainent... Il a compris ou je lui mail un plan? - Nan,nan ça va, il a compris, et toute façons il a plus de connession, alors ton mail... ... - France télécom bonjour... - oui, bonjour madame, voilà, je vous appelle, c'est au sujet d'u problème avec un dégroupage, je me suis abo - Il quitte pas on va lui passer le service technique - Bonjour monsieur, c'est pour un dégroupage... Je te passe les détails, c'est finalement france télécom qui m'a dit que ben non, ils sont con chez la grosse blonde ou quoi, puisqu'un dégroupage ça consiste à demander la gestion de la ligne, c'est eux qui demandent et qui font tout, bref, on me balade. Tout ça pour dire que j'ai pu de connexion chez moi, que du coup je te poste ça du boulot, plus ou moins avec tes impôts, quand même, et que je serais toi, je ferai pas trop chier sous prétexte que j'écris pas, par ce que sinon je te colle à l'ISf, ça va pas tarder. En plus, comme j'ai mauvaise conscience de t'écrire du taf, ça fait une note de merde. Quelle poufiasse la décolorée.
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Pietons passez en face
Attention travaux.
Faut qu'j't'avoue un truc, quand même, maintenant qu'on se connait un peu.
J'ai un *VICE*. (enfin, non, pas qu'un, mais disons que celui d'aujourd'hui sera mis au premier plan, parce que sinon, on s'y retrouvera pas et alors ça fera des phrases bien trop longues avec plein de parenthèses et de virgules et on saura plus où j'en suis et tu va encore te faire chier à lire toutes ces lignes qui ne veulent rien dire et du coup tu va perdre ton temps (comme disais Catherine Allégret) et puis le temps, hein, c'est de l'argent, alors bon, etre tenu pour responsable de ta banqueroute personnelle, voire de la non croissance de la France, NON MERCI... Il va falloir trouver une autre explication, même si j'avoue que celle là semble la plus logique, mais bon tant pis, t'as qu'à faire preuve d'un peu d'imagination, pour une fois, merdre. Pardon.)
hum.
oui. Bon.
Un de mes vices, donc.
JE DEMENAGE.
Oui, je sais c'est pas un vice en soi. Mais moi je déménage *souvent*.
Douze déménagements en dix ans, si ça te dit quelque chose...
Donc, là, encore, je déménage.
J'encartonne donc à tout va, je plie, je trie, je jette. J'émince, j'allège, je retrouve. Je voyage, je photos oubliées et souvenirs enfouis. Je bloque le tambour de ma machine à laver et j'appelle les copains/ines pour porter.
Je plaque de boite aux lettres et suivi du courrier. J'assurance et j'EDF. Je téléphone et j'internet.
Et donc, là, en ce moment et dans trois semaines, branle-bas de combat.
Et interruption de la connexion internet dans une quizaine.
Tu saisis?
Migration + Déménagement= interruption momentannée du son et de l'image. Retour plus tard, ou pas. Ici ou ailleurs, tu verras bien.
Je te prie de na pas oublier de fermer le velux en sortant. Claque la porte, j'ai les clés.
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Nan, mais réponds- moi franchement...
SPAM Schutzcode Abfrage aktivieren im?
....
mmmh....?
(humeur du jour: putain, pourquoi j'ai fait péter tous les cours d'allemand au bahut??!!!!)
(bande son: Fous n'aurez Bas l'Alssaz et la Lorréééneu...)
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Lettre posthume.
Qu’est-ce que tu veux que j’te dise ?
Qu’elle aurait pu venir ? Elle est pas venue. Que j’aurais pu faire un effort ? Je sais même pas dans quel sens faire un effort.
Qu’est-ce que tu veux que j’te dise ? Qu’il fait beau et que c’est dommage de rester tout seul chez toi, avec ce beau temps ? J’ai pas l’impression qu’il fasse très beau chez toi, même en plein été. Que je vais tout faire pour t’embellir la vie ? C’est au dessus de mes forces. Et je sais que je ne tiendrai pas cette promesse. Je sais aussi que la seule personne apte à t’embellir la vie c’est toi. Toi et seulement toi. Et c’est pas à coup de « cache-t’on » que quelque chose changera.
Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Oui, j’ai passé une bonne après-midi. Mais ça fait quatre fois que tu demandes.
Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Qu’il faut rester ? J’en sais rien, moi, s’il faut rester. Que la vie, ça vaut le coup ? Je suis pas sûr. Si tu as décidé que la tienne ne valait plus le coup, qui je suis, moi, pour décider à ta place ? Si tu as pensé que c’était la meilleure, la seule solution.
Qu’est-ce que tu voulais que je te dise ? Qu’elle parlait pas sérieusement ? Qu’elle peut pas partir comme ça ? Avec vos gosses ? Evidemment. Te laisser seul. Avec ton passé. Et ton âme toute bleue. Congestionnée. Trop pleine. Tout resté. Tout gardé. Rien, rien jamais sorti. Bloqué dedans. Comme en apnée. Bleue. Au bord de l’étouffement. Et puis tout gris. Pas de mots. Angoisse. Qui se tait et qui te fait taire. Tu te terres. Tu restes là. Enfermé. En dedans et chez toi. Seul dans ton angoisse. Surtout pas en parler. Contrôler. Eliminer les autres sources d’angoisse. Jamais aller fouiller chez toi. Et tu nous fais taire. Pas savoir. Pas répondre. Jamais discuter. Se plier à tes lois. Tes lois que tu subis toi-même, qui sont les lois de ton angoisse. Que finalement tu dois bien un peu « cageôler ». (non, pas « cajoler », t’es trop gris pour ça, tu bouges pas assez.) Tu l’aimes ta prison. Tu te la redessine autour de toi chaque jour. Et tu verrouilles bien les portes. Que jamais personne ne vienne t’en sortir.
Qu’est-ce que tu voulais que je te dise ? Que je te débite des supplications ? Des je t’aime et des t’en vas pas ? Va.
Va si tu n’es pas capable d’ouvrir toi-même cette putain de grille dont tu as la clé.
Tu sais quoi ? Elle avait raison. Il fallait qu’elle parte. Et toi aussi.
Quoi ? T’as parlé ? Ah, oui. J’ai passé une bonne après-midi.
T’es pas parti finalement. Elle non plus d’ailleurs. J’ai quand même appelé les secours. C’est ce qu’on fait dans ces cas là. Sont venus. T’ont sauvé.
Mais t’es mort quand même.
Et c’est tellement mieux comme ça.
Qu’est-ce que tu voulais que je te dise ?
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Réquisition.
C'est avec un plaisir non dissimulé, cher lecteur, cher lectrice que je me propose aujourd'hui de t'enculturer encore un peu plus profondément, en réaction à un flash info de pas plus tard que y'a pas longtemps, c'est à dire ce matin, vers midi du matin. Et je te propose donc, avant que je ne t'enculture, de te pencher un peu, oui, voilà comme ça, sur le terme de Réquisition. Mais d'abord, laisse moi t'expliquer (c'est vrai, ça, c'que tu peux être impatient-e, c'est fou, laisse moi parler, enfin!) le contesste:
A cette heure, ce jour même, donc, à peine sorti du lit, tel une beauté que l'on viendrait d'arracher... à son plumard. (j'ai l'haleine fraîche des petits matins (si, midi, pour un samedi, c'est un petit matin), le teint humide, l'oeil brillant, le poil rosé et la truffe vive.) Je me lève et je ne bouscule personne à part le chat, qui ne se réveille pas, comme d'habitude. (Peut toujours se gratter pour que je remonte le drap, tiens !)
N'écoutant que mon courage, je décide donc de faire chauffer de l'eau pour un thé, et j'allume la radio.
C'est pas pour me vanter, mais c'est ce moment précis qu'a choisi monsieur France Inter pour faire son flash plein de bips pour te dire que c'est l'heure et de filles nues qui présentent la météo ou alors c'était le chat qui passait devant les baffles. Et là, qu'ouis-je ? Qu'acousticai-je ? Quoi? Cette nuit la préfecture du truc pas loin de Bordeaux, là. Oui, celle-là. Et béh cette nuit elle a REQUISITIONNE DES LOGEMENTS !!! J'étais à deux doigts de la bouteille de champ', quand une sorte de conscience professionnelle, dont la présence à cette heure là de l'année était plus qu'improbable mais bon, me poussa à écouter la suite désinformation.
Il faut savoir, ami-e lect-eur-rice, que dans ce pays, depuis le 29 Juillet 1998, existe une loi dite « de lutte contre les exclusions ». (sissi, je te jure, ça fait huit ans qu'on lutte contre les exclusions et qu'on a des lois pour ça? ça te fais plaisir non ? Tu vois bien que tu payes pas des impôts pour rien.) Dans cette loi, donc, il est prévu que les préfets puissent réquisitionner des logements vacants, ou des locaux vacants, dans le but de mettre à l'abri ou de venir en aide à ceux qui n'en ont pas, d'abri, justement. Et depuis 98, les préfets n'utilisent pas cette prérogative. C'est « compliqué » paraît-il de pouvoir réquisitionner des logements. Plan froid ? Non, non, on voit pas de quoi vous parlez. Spéculation immobilière ? NOOOOOON ? Ici ? Vous divaguez, vous faites le jeu d'un discours idéologique, extrémiste et gauchisant, visant à l'assistanat et non à l'autonomie... etc. Je t'en fais pas plus, ton estomac a déjà été suffisamment brassé par ton réveillon pour ne pas en rajouter dans la nausée.
Et puis cette nuit, la complexité du truc est d'un coup devenue moins insurmontable, en tout cas à Bordeaux. Et ben là, moi, je dis, chapeau, champagne, y'en a un qui a trouvé le moyen de mettre en application ce truc aussi compliqué que de dire : « -Je suis préfet, je représente l'Etat en région, ces locaux son vacants, je les réquisitionne et j'ordonne leur mise à disposition pour ceux qui, sans ces abris seraient contraints de dormir dehors. » Compliqué, en effet.
Je te disais donc que j'étais à deux doigts de la bouteille de champ quand le présentateur et le chat ont développé la suite de leur flash. (t'avais raison, finalement, les filles étaient parties.)
Et c'est là que mon thé a pris un goût acide.
La préfecture du truc vers Bordeaux, là. Elle a réquisitionné parce que la SNCF avait plein de clients coincés dans un TGV en panne à cause de la neige. Tu comprends ? Des gens qui votent. Qui consomment. Des Clients de la SNCF. Pas des gens à la rue. Pas la loi de 98.
Dont le texte va continuer à prendre la poussière sur une étagère. Dans les bureaux du dernier des sous-préfets. Celui qui a été placé là parce que Papa ou Maman ou le chef du bureau d?à côté, ou le patron de l?entreprise qui a fait les travaux de constructions de la piscine du préfet ou de ravalement de façade de la SNCF? etc. Combien sont payés ces gens (avec ton pognon, je te rappelle) qui ne sont même pas foutus de souffler sur un texte de loi déjà existant ? Tout prêt. Y'a même pas à réfléchir, y'a juste à A-PPLI-QUER. Moi, je dis que si c'est pour faire cet usage là du pognon qu'on leur donne, j'ai un pote qui hésiterait pas à leur faire visiter un échafaud. Et pi il aurait pas tort.
Voilà. Allez, Bonne Année.
Fin de la page d'histoire contemporaine comparée. Merci de votre attention. Vous pouvez parler entre vous et vaquer jusqu'à 22h. Bonsoir.
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Au fait, il a quel âge le Père Nouel?
Semaine trop remplie. Pas eu le temps de sortir. Et samedi, enfin. Profiter enfin de la rue, du temps qui passe et qui s'en fout, de nos heures perdues ou gagnées, ça dépend sur quoi. Le week-end s'annonce ré-con-for-tant et toi, le réconfort, ça tombe bien, t'aime bien ça. Ca pourrait commencer par un petit déj vitamines-céréales-thé. Tu t’en réjouis à l’avance et tes papilles déjà s’humectent de la douce acidité de l’orange que tu t'apprêtes à boire. Frigo. Une orange. Du lait. Merde ! Plus de lait.
Et c'est là. C'est là que d'un seul coup, le ciel s'assombrit. Le plafond se rapproche du sol (et donc, forcément, avant le sol, de ta tête, hein), et se profile à l’horizon exactement le genre de Samedi que tu hais par dessus tout. Le genre de Samedi à te pourrir tout le week-end, et même si ça se trouve deux ou trois week-ends derrière. Ne cédant pas à la panique devant tant d'insécurité, tu décides de te laisser tomber lourdement sur la chaise de la cuisine en sanglotant un peu pendant trois quarts d'heure. T'en profites pour avaler quand même vite fait un thé et puis t’enfile un pull et un blouson, (ben oui, passqu'en plus, y fait moins zéro dehors et vraiment, putain, c'est pas un temps à sortir avant le p'tit déj, bordel de merde). Mains au fond des poches, tu descends et tu bougonnes en bougonnant pendant toute la demi-heure et les deux correspondances de métro qui te séparent du premier supermarché venu. Un début de Samedi bien ruiné. Les courses au supermarché. La foule.
tu te tapes les escalators et tu pénètres dans le temple du prêt à consommer, avec la ferme intention de faire ça vite fait, de on-va-pas-y-passer-la-nuit-ah-ça-non ! Briques de lait, fruits, pâtes, légumes, pâtes, poisson, riz et des tonnes d’inutilités indispensables. Passons. Tu te paumes un peu dans les rayons; depuis la dernière fois, la direction du supermarché a dû changer quatre fois au moins, parce que, là, vraiment ça n'a rien à voir, tout a changé de place. Je sais pas ce qu'ils ont les supermarchés, ça doit être une forme de névrose, ça. Se sentir obligés de tout changer tout le temps de place... Bref. Tu trouves tout ce qu'il te fallait après avoir passé une heure à chercher le PQ dans le rayon boucherie, et t'être aperçu que, en fait, il est à l'entrée du magasin et tu te dis que tant pis, tu va t'abonner à minute plutôt que d'acheter du PQ, parce que, là, refaire tout le chemin en sens inverse, avec le flot humain des grands jours, c'est au dessus de tes forces, y'a pas marqué Nicolas Hulot. Tu dérives jusqu'aux caisses, t'as même plus la force de chercher à comprendre laquelle est moins surchargée que l'autre, tu te calles dans une file d'attente, et tu... attends.
Et c'est là qu'elle a surgi. Derrière toi, en quinzième position. Lentement. Avec un air de pas y toucher. Un vague cabas. Trois pauvres boîtes de Ron-Ron, quatre poireaux et un morceau de barbaque quelconque. elle a rien dit, mais tu sentais son regard sur toi. Pesant comme un bénitier en marbre serti de plomb et rempli raz la gueule d'eau vachement bénite. Tu l'as senti ce regard, il t'a même forcé à te retourner. Le regard de la pauvre vieille, qui n’a rien acheté –juste pour aujourd’hui– et qui va devoir attendre, malgré le nerf sciatique qui coince, que tu décharges, recharges et payes tes trois mois de bouffes, de ménage et d’inutilités indispensables. Elle te regarde avec l’œil qui dit : vous voudriez pas me laisser passer, s’il vous plait ? Là encore, pour ne pas céder à la panique qui ne demande qu'à t'envahir, tu hésite entre hurler un grand coup dans tout le magasin en pissant à chaque angle de gondole et en chantant très fort: "LAISSE LES GONDOLES A DENISE... LA LALA LALA LALA LA...." et te pencher sur la vieille avec un sourire à la Nicholson dans The Shining et lui susurrer à l'oreille: "Encore un pas la vieille et je te suis jusqu'à chez toi, je reviens cette nuit, je te brûle les poils un par un, je t'arrache la langue, je la donne à bouffer à ton chat et après je le dépèce vivant et je te le fait avaler par les narines, p'tit bout par p'tit bout... En attendant de mettre la main sur ta famille pendant quatre générations." Et puis finalement, ta bonté te perdra. Ou ta connerie. Ou ton éducation. Ou ton surmoi. Enfin bref, tu la regardes, et évidemment, évidemment, tu vas la laisser passer. Et avec le sourire, encore. Avec même une pointe de "mais allez-y donc Madame" dans le regard. Sinon comment supporter la culpabilité d’une semaine d’immobilité alitée de la pauvre vieille. (Rapport à la sciatique sus-énoncée...)
Mais quand même, que tu te dis en la regardant se faire compter la monnaie dans son porte-monnaie par la caissière, qui ça tombe bien n'avait que ça à faire avec une file de vingt personnes qui attendent et pas de pause dans son emploi du temps depuis six heures ce matin et je fais des phrases de quatre lignes sans ponctuation si je veux concentre-toi sur la caissière et fous moi la paix, elle pourrait pas y aller un autre jour, faire ses courses, la vioque ? Elle le sait bien qu’elle va emmerder l’honnête travailleur (sisi, c'est toi, là) qui ne demandait qu’un samedi de réconfort. Elle le fait exprès. Ca lui plait de savoir qu’avec ses cheveux violets et ses bas qui plissent, elle va attendrir tout le monde et qu’on va *BIEN SÛR*, la laisser passer. Une perverse, j'te dis! Une sadique, ouais!
Non!
Non, à la tyrannie des vieilles à cabas qui n’ont que ça à foutre les autres jours ! Interdisons les de supermarché les jours où les braves gens y vont ! Je propose que tous ensemble, nous fassions une proposition de loi d'initiative citoyenne qui interdira définitivement l’approche des zones commerciales le samedi à toute personne de plus de cinquante ans ne justifiant pas d’un emploi du temps complet les autres jours.
Les contrevenant-e-s seront retenu-e-s de force dans une rave party organisée par la Mairie de Rennes. Là. Ce s'ra tout. Pouvez disposer. Ntudju.
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